Caen, été 44 les événements

Caen, place Saint-Pierre   cliquez pour zoomer l'image

Les troupes allemandes entrent le 18 juin 1940 dans une ville désertée par ses habitants qui par peur des combats, ont pris le chemin de l'exode. La signature de la Convention d'armistice le 22 juin 1940 place Caen en zone occupée où toute autorité revient aux vainqueurs, ils encadrent l'administration et les services. A leur retour, les caennais découvrent la présence allemande, la Kommandantur s'est installée avenue de Bagatelle, de nombreux bâtiments ont été réquisitionnés pour abriter services, l'hôtel Malherbe par la feldkommandantur, ou soldats, la maison des étudiants et le château servent de casernement…. La gestapo quant à elle n'arrive qu'en 1942, elle trouve son siège rue des jacobins dans la maison du Docteur Pecker, envoyé en déportation.

Tous les représentant s des pouvoirs publics ne s'accommodent pas de la politique de collaboration avec l'occupant prônée par Vichy : le recteur Daure est révoqué en 1941, le préfet Henri Graux en 1942. Cependant, l'équipe municipale dirigée par André Detolle traitera des affaires courantes pendant 4 ans, tentant d'améliorer le quotidien et d'apporter secours à ses concitoyens.

Malgré le rationnement et les réquisitions de transports, la richesse agricole de la région a préservé les habitants de la faim. Mais la situation s'aggrave pendant l'hiver 1943-44 ; le poisson est introuvable sur les étals de la ville, les rations de beurre, de viande et même de lait pour les enfants sont dérisoires lorsque les tickets de rationnement sont honorés. Symbole de la pénurie, les boulangers annoncent en mai qu'ils n'auront plus assez de farine pour fabriquer du pain dans environ un mois et demi !

Le poids de l'occupation s'accroît donc considérablement début 1944. Si le Débarquement n'est plus un secret pour personne, sa localisation est toujours incertaine. Les unités allemandes sont donc renforcées pour défendre les côtes normandes et la construction des fortifications est accélérée grâce à la contribution forcée des habitants. La répression s'abat sans pitié sur les réseaux de résistance de la région, de décembre 1943 à avril 1944 tous sont décapités. Occupants et civils vivent dans l'attente de l'opération décisive même si l'impatience de ces derniers affronte des sentiments plus ambivalents, comme l'explique le préfet du Calvados dans son rapport du 6 mai 1944 " On espère le Débarquement tout en le redoutant ; on le souhaite victorieux et décisif tout en faisant des vœux égoïstes pour qu'il ne se produise pas ici. "

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cliquez pour zoomer l'imageCaen devait tomber dès le 6 juin, du moins selon les prévisions de l'état -major allié et les espoirs des habitants de la ville. Les plans soigneusement élaborés durant 3 ans au sein du COSSAC et revus par Montgomery début 1944 avaient sélectionné pour lancer le débarquement un front de mer de 80 Km entre Ouistreham, à l'embouchure de l'Orne, et Varaville sur la côte est du Cotentin. Protégée sur ses flancs par les troupes aéroportées, une solide tête de pont englobant Caen, Bayeux et Carentan devait être établie au soir du 6 juin, ainsi les Anglo-canadiens pourraient fixer à l'est la plus grande partie des blindés allemands autour de la capitale bas-normande, car il était évident que ceux-ci voudraient éviter que les assaillants ne s'ouvrent la route vers Paris. Cette tactique devrait permettre au groupe d'armée américain de procéder à un vaste mouvement d'encerclement par le sud et l'ouest et faire capituler les Allemands en Normandie.

Clair pour les Anglo-saxons, le rôle charnière de Caen l'est tout autant pour leurs adversaires. Ils savent que tenir Caen ouvre la voie vers la Seine et vers Paris, à travers une vaste zone de plaines où pourront déferler les véhicules alliés. Ils savent qu'un front aussi large leur sera impossible à défendre. C'est pourquoi ils dissimulent leurs Panzers au nord de la ville et y établissent de solides lignes de défense qui leur permettent de s'accrocher ici pendant six semaines, infligeant du même coup un véritable enfer aux civils dont beaucoup ont refusé de quitter leurs maisons.

En effet, au soir du 6 juin, la 3 e division britannique ralentie par la contre-attaque de la 21 e Panzer est bloquée devant le bois de Lébisey à trois kilomètres de Caen. Faute de pouvoir la prendre, Montgomery ne veut en aucun cas laisser la cité intacte à l'adversaire. Il ordonne de détruire les ponts sur l'Orne, la gare et ses abords, les principaux carrefours et les axes nord/sud traversant la ville, les centres de communication. Les renforts de la Wehrmacht perdront ainsi un temps précieux. Pour accéder au champ de bataille, ils contourneront la ville qui ne leur sera d'aucune utilité. Bien au contraire sa défense sera coûteuse. De terribles bombardements se succèdent : dès le 7 juin le centre ville n'est plus que ruines fumantes, les victimes se comptent par milliers. L'espoir d'être rapidement libérés s'amenuise au fil des heures mais aucun n'imagine encore que le martyre va durer un mois et demi.

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cliquez pour zoomer l'image6 juin 44 - 13h30 : le martyre de Caen commence. Beaucoup sont à table lorsque surgit le fracas des premières bombes. Le raid ne dure qu'une dizaine de minutes mais se révèle d'une violence inouïe. Le quartier Saint-Jean est touché, notamment rue Saint-Louis, rue des Jacobins, rue des Carmélites, boulevard des Alliés. Vaucelles est également très éprouvé, la rue de Falaise bien sûr mais aussi les ruelles autour de l'église. Cependant, c'est autour du Château que ce premier bombardement provoque les plus importants dégâts. De la rue de Geôle à Saint-Gilles, du Jardin des Plantes au boulevard des Alliés, ce n'est qu'un tapis de bombes, les maisons sont en ruines et le nombre des victimes incalculable.

Le choc est violent pour des habitants qui avaient reçu au cours de la matinée des nouvelles encourageantes. La plupart d'entre eux ont été réveillés par le bruit de la canonnade vers deux heures du matin, persistante et d'une ampleur inégalée, tous ont compris que le débarquement venait de débuter. Quelques bombes sont lâchées vers 7h sur la gare mais à 9h on apprend que les Anglais arrivent par la route de Ouistreham et qu'ils seront là dans l'après-midi. Puis soudain, à la place des libérateurs tant attendus ce sont leurs bombes que reçoivent les caennais.

Immédiatement les secours s'affairent. Les membres de le Défense Passive, aidés des équipes d'urgence, des équipes nationales et des sauveteurs bénévoles tentent de dégager les victimes des décombres, d'apporter les premiers soins aux blessés. Les pompiers s'efforcent d'enrayer l'incendie. Mais déjà, il est 16h30, d'autres vagues d'avions obscurcissent le ciel et pilonnent la ville, essentiellement sur le quartier Saint-Jean et plus à l'ouest autour du Vieux Saint-Etienne. Les flammes font des ravages. Puis de nouveau au milieu de la nuit, à 2h40, des centaines de bombes sont lâchées sur la ville.

Dès le 7 juin, il ne reste presque plus rien des quartiers centraux entre la Prairie et le Port, entre la rue d'Auge et le Château. La lutte contre le feu est devenue trop inégale suite à la destruction de la caserne des pompiers, sous laquelle disparaissent 17 sapeurs. L'hôpital complémentaire de la Miséricorde touché de plein fouet est inutilisable, les blessées sont évacués vers le Bon-Sauveur et le lycée Malherbe. Epargné, le quartier Saint-Etienne devient le cœur de la ville, refuge des sinistrés mais aussi rassemblement des autorités.

Des bombardements, moins violents et plus localisés, se succèdent pendant un mois. Prélude à la libération des deux rives de l'Orne, les 7 et 18 juillet, les bombardiers, achèvent leur œuvre destructrice. Ainsi, deux jours avant la fin de la bataille, disparaît l'Université et son irremplaçable bibliothèque. Quand le cauchemar prend fin, les trois quart de la cité de Guillaume ont disparu. Les bilan humain est effrayant, 2000 morts, à x0000 blessés, et comment mesurer le traumatisme des survivants ?

> Plan 1944-1960

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cliquez pour zoomer l'imageEchouant à capturer Caen par un mouvement enveloppant par l'ouest et par le sud (opération Epsom), Montgomery, vivement critiqué par la presse et au sein de l'état-major allié décide début juillet d'une attaque frontale. Préliminaire à l'opération Charnwood, les Canadiens repartent le 4 juillet à l'assaut de l'aérodrome de Carpiquet qu'ils enlèvent après quatre jours de combats acharnés. Le 7 juillet, à 22h15 Caen est de nouveau bombardée selon la technique du tapis de bombes : 'écrasement de tout ce qui se trouve sur le territoire délimité, les forces ennemies, les constructions mais aussi la population civile. 2500 tonnes de bombes sont déversées pendant 45mn, les trois-quarts de la cité sont maintenant détruits. L'attaque anglo-canadienne débute le 8 juillet, le soir les Allemands commencent à décrocher et repassent l'Orne. Le lendemain, vers midi les hommes de la 3e Division britannique arrivent boulevard des Alliés tandis que les réfugiés de l'abbaye aux Hommes accueillent les soldats canadiens vers 14h. La jonction a lieu place Saint-Pierre. A 18h, la ville est libérée jusqu'à l'Orne.

Le major Helmut est accueilli par Joseph Poirier revêtu de son écharpe tricolore. Troisième adjoint et directeur urbain de la Défense passive, il assuma les fonctions de maire pendant toute la durée de la bataille. Le 10 juillet a lieu la passation de pouvoir entre Michel Cacaud, investi par le gouvernement de Vichy et le nouveau préfet Pierre Daure, ancien recteur de l'université entré dans la clandestinité depuis deux ans.

En fin d'après-midi s'improvise une première cérémonie patriotique place Monseigneur des Hameaux, pendant laquelle est hissé le drapeau tricolore et chantée la Marseillaise. L'émotion de la foule est immense et l'accueil réservé aux soldats ouvert et chaleureux mais sans explosion de joie. Les souffrances d'un mois de siège, les ruines fumantes de la ville rendent difficile pour les survivants l'acceptation des "nécessités de la guerre" et personne n'oublie les habitant de la rive droite pour qui le cauchemar va continuer dix jours encore.

Au niveau international, la libération de Caen a un immense retentissement médiatique, Staline envoie un télégramme de félicitations à Churchill. Elle apaise momentanément les tensions au sein de l'état-major allié.

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En abandonnant la rive gauche, les forces allemandes ont pris soin de détruire ce qui restait des ponts. Des hauteurs de Vaucelles ils multiplient les tirs d'artillerie, surtout la nuit, et écourtent ainsi la cérémonie du 14 juillet !

Alors que les réfugiés de la rive gauche sont évacués vers Bayeux et que le génie commence sa lourde tâche de déblaiement, les soldats allemands s'accrochent comme par exemple au poste Sainte-Thérèse ou au centre d'accueil des Petites Sœurs des pauvres où ils obligent les réfugiés à leur creuser des tranchées. A plusieurs reprises, ils cherchent à provoquer l'évacuation totale de la rive droite. De ses contacts forcés, les habitants réussissent à retirer des informations, à effectuer des"reconnaissances" pour connaître les positions de l'armée allemande. Ainsi le 15 juillet, les patrouilles allemandes ne s'aventurent plus sur les rives de l'Orne que la nuit, le quartier Vaucelles semblent désert. Des hommes comme R. Châtelain réussissent à traverser la rivière sur une poutrelle pour transmettre ces informations aux Canadiens.

A l'aube du 18 juillet se fait entendre un bourdonnement annonciateur de bombardement. Deux mille cinq cent avions lâchent huit mille tonnes de bombes sur les positions sud-est de la ville, c'est le lancement de "Goodwood". Toute la journée le quartier Vaucelles essuie des tirs d'artillerie : vingt-quatre obus confiera plus tard le Général Crerard ! Le génie canadien réussit à lancer plusieurs ponts sur la rivière. Les premières unités arrivent d'abord à la Demi-lune puis libèrent Sainte-Thérèse avant de nettoyer les autres quartiers. En fin de matinée, la ville est totalement libérée.

Sortant de leurs abris les derniers habitants à avoir refusé de quitter la cité vont à la rencontre de leurs libérateurs, les entourent. Emotion bien sûr, soulagement aussi leurs émotions s'expriment avec une grande retenue.
La cérémonie de libération définitive se déroule le 20 juillet à Vaucelles, le drapeau à Croix de Lorraine est hissé au Carrefour du Cygne de Croix, puis les britanniques procèdent à l'évacuation totale de la ville.

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17 août 1944, le dernier obus tombe sur Caen. Lors du recensement de 1939, la ville abritait 61000 habitants, elle n'en compte plus que 7000 à la fin du mois de juillet 1944 . Exode volontaire, évacuation forcée sans oublier les victimes des bombardements, on estime à 2000, les Caennais disparus au cours de la bataille. Pourtant dès que possible la population revient, elle s'élève en septembre à 34000 personnes.

Comment s'installer dans une ville détruite au deux-tiers ? 68 à 74 % des logements sont anéantis comme 45 % des commerces, le centre-ville n'existe plus. Malgré l'aide apportée par les alliés qui en quelques jours tracent au bulldozer les grands axes de passage et jettent cinq ponts sur l'Orne dans l'après-midi du 19 juillet, la population s'installe dans l'urgence et le provisoire. Si la liberté est retrouvée, aucune conséquence matérielle n'en est palpable. Tout manque : l'eau, le gaz, l'électricité, le réseau d'égouts, les transports, le rationnement est plus dur que jamais. La mort rôde toujours au coin de la rue à cause des mines et des explosifs qui jonchent les décombres. D'ailleurs des quartiers entiers sont interdits car dangereux et inhabitables, ils sont clos au moyen de fils barbelés.

Conservée par nécessité, la municipalité est dissoute début septembre par les représentants du Gouvernement provisoire. Le 11, une délégation spéciale menée par Yves Guillou la remplace et se concentre sur deux tâches prioritaires : reloger et déblayer. Avant l'hiver qui se révélera très dur, il faut offrir un toit à chacun et débuter l'œuvre de reconstruction de la ville.

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